Peinture & Dessins
Ma pratique picturale se construit en dialogue étroit avec le dessin, dans un rapport de dualité et de complémentarité, fortement influencé par le spiritualisme. Là où la peinture engage le corps dans un geste ample, le dessin constitue un espace plus intime, presque introspectif.
La peinture occupe une place centrale dans mon travail, notamment à travers le recours au grand format. Celui-ci permet d'inscrire le corps dans l'espace, d'ouvrir un champ d'immersion où le spectateur est invité à entrer physiquement dans la couleur. Dans ce contexte, peindre devient un acte engagé : investir un espace historiquement dominé par des figures masculines, et y affirmer une présence féminine.
La couleur est l'élément clé de ma démarche. Guidée par une approche intuitive proche de la synesthésie, elle structure la composition avant même la forme. Les toiles émergent ainsi d'un processus sensible, où les rapports chromatiques génèrent des tensions, des équilibres et des mouvements internes.
Le dessin intervient comme un contrepoint. Il ne s'agit pas d'une étape préparatoire, mais d'un espace autonome, plus silencieux, où se développent des formes liées à l'intime. Il permet de capter des états, des sensations, des fragments de pensée qui échappent parfois à l'ampleur du geste pictural.
L'ensemble de ce travail s'inscrit dans une recherche autour d'une abstraction traversée par des références organiques et naturelles. Spirales, courbes, formes végétales apparaissent comme des échos aux dynamiques du vivant, sans se figer en symboles.
Floraison chamanique
120×160 cm — Acrylique — 2026
Le spiritualisme constitue l’axe majeur de ma démarche à travers un travail centré sur la figure de la femme créatrice. Il s’agit en partie d’illustrer un mythe individuel, mais surtout de proposer au spectateur une expérience sensible du spirituel, construite autour d’une thématique définie.
Un dialogue avec le symbolisme s’installe, notamment par le recours aux formes organiques et aux motifs. Toutefois, je ne cherche ni à désigner ni à hiérarchiser des symboles : la création s’inscrit davantage dans un processus d’abstraction intuitive. La couleur occupe une place centrale dans ce travail, et le grand format est privilégié afin de favoriser l’immersion du spectateur dans l’espace pictural.
Le grand format permet aussi d’inscrire la présence féminine dans un espace historiquement dominé par les hommes : occuper l’espace devient un geste symbolique. Aujourd’hui, force est de constater que les récits canoniques de l’histoire de l’art restent encore largement dominés par la figure de l’artiste masculin. Ma pratique s’inscrit ainsi dans une volonté de mise à l’honneur de la figure de la femme dans l’art abstrait.
La figure de la femme créatrice convoque à la fois la mère et la fille, celle qui crée avec son corps, mais aussi celle qui crée avec ses mains et son esprit. Je souhaite représenter la femme dans sa vitalité : celle qui entreprend, qui s’affirme, qui ressent.
Le lien avec la femme convoque intrinsèquement un lien avec la nature. Celui-ci ne se limite pas à des formes organiques ou à l’usage de courbes, mais relève d’une dimension relationnelle : ce qui m’intéresse, ce sont les dynamiques propres au vivant — croissance, transformation, cyclicité, fluidité — qui font écho aux processus de création, mais aussi aux trajectoires sensibles et spirituelles. La nature devient alors un espace de résonance, un lieu où s’expérimente d’autres temporalités et d’autres manières d’être au monde.
Corporalité et croyance
100×140 cm — Acrylique — 2025
Au croisement du symbolisme et de l'abstraction, la quête de la philosophie de vie laisse place à la spiritualité au sein de l'art abstrait. Rendre visible le non palpable et plus particulièrement l'énergie féminine ainsi que le chemin de vie est un des objectifs de la toile. Le processus créatif a été accompagné de la harpe chez Alice Coltrane.
Avec une composition en trois espaces-temps, englo bée par une mise en abîme du passage, les réalités individuelles tendent à être rendues visibles.
Au stade originel, le fœtus, pris par la montagne, l'élan, est entouré de fluide. La lumière des bougies, synonymes d'éclaireurs, avec la place accordée à la nature, guideront l'œil du spectateur jusqu'à l'apogée de la création.
Puis, une abstraction émotionnelle, plus défaite et libre, reprenant les courbes d'un portail, apparaît au niveau intermédiaire du tableau. C'est ici que se trouve l'étape de transition entre le palpable et le non palpable, entre le corps et l'esprit.
Au dernier niveau, épuré, la composition respire, offrant au spectateur un potentiel espace de réflexion. Notre fatalité universelle s'incarne dans des ronces et un stalactite, ayant une fonctionnalité de réveil quant à la finalité de l'existence humaine.
Contrastée, la peinture se veut vivante, en dualité entre fluidité des courbes et couleurs effacées et rigidité des aplats ou formes.
Avant tout pensé comme une ode à la femme, il est aujourd'hui essentiel dans l'art abstrait de valoriser la figure féminine universelle, non peinte par l'homme et étant placée au centre de la composition et de la réalisation. Au-delà d'une composition colorée, provoquer une remise en question des récits canoniques, quelle qu'en soit la temporalité est crucial.
Spiralité, Talisman, Transfiguration
160×120 cm — Acrylique — 2025
La spirale, mouvement primitif, spirituel mais surtout perpétuel s'ouvre aux pigments.
Elle se déploie en un vortex de correspondances, oscillant entre implosion et explosion ; genèse et dissolution.
La fleur s'ouvre puis se fane dans l'espace pictural, cycle du vivant rendu visible.
Spectre brûlant, prière chromatique.
La captation puis la sélection deviennent un duo d'abstraction où la matière se fait voix.
Le stalactite s'abat sur nos yeux, dissonance au vivant.
Qui, de la harpe ou du spectateur, se retranche le premier dans les entrailles de la toile ?
L'œil devient l'oreille, la surface, et la vibration simultanément.
Dans le rythme des arabesques libres, la couleur se fait écriture, fugue suspendue entre l'élan et la retenue.
Le geste pictural épouse la structure d'une partition invisible, la toile devient résonance, instrument d'un dialogue intérieur entre le visible et l'audible.
Les nuances dictent le tempo, elles instaurent un régime de perception, une dérive sensorielle. La toile s'inscrit dans une recherche où la couleur devient une expérience sensible. Dans le prolongement de Merleau-Ponty dans son livre L'œil et l'esprit (1961), le grand format est conçu comme un espace immersif, un lieu où le spectateur n'est plus un simple observateur, mais un corps plongé dans un champ de visibilité. La toile agit comme un milieu perceptif qui engage la sensibilité avant toute compréhension.
Le grand format permet ici l'immersion, l'abandon du regard dans une architecture fluide du champ vibratoire.
L'espace pictural devient polyphonique : un lieu de passage où la couleur, à demi affranchie de la forme, compose sa propre poésie.
Soutenue par les compositions d'Alice Coltrane, la toile s'ancre dans une écoute méditative. La chromesthésie agit comme un vecteur de transmutation.
Les gammes et ses respirations sont donnés à voir, les aplats englobent et embrassent la musicalité comme cocon tandis que le cœur vibre. La vivacité des gestes indique la liberté à saisir. Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier, rédigé par Kandinsky en 1954, évoque la couleur au sens de vibration et nous permet d'éclaircir le lien ou l'interdépendance entre peinture et musique. Kandinsky annonce la couleur comme une force émotionnelle à part entière et c'est ce sur quoi la composition prend largement appui.
Chaque tonalité chromatique naît d'une fréquence, d'une saisie au vol.
Le rose embrasse, le vert respire, le violet se rétracte dans le silence.
La couleur devient passage, seuil entre les médiums, faisant vibrer la surface à la manière d'une corde.
La peinture, en ce sens, n'est plus représentation mais absorption. Elle accueille le vivant pour mieux le métaboliser, le transformer. La couleur devient le véhicule d'un voyage qui oscille entre musique et peinture, acte de transfiguration.
Peu à peu, le sujet laisse place à l'expérience de la présence : un état suspendu où la couleur se fait souffle.
La toile comme talisman au sens spirituel, n'est plus un objet de contemplation, mais un médium de métamorphose : un espace où le sensible s'actualise, où la résonance trouve son incarnation.
Naissance et vanité
200×105 cm — Acrylique — 2025
Cette peinture explore l'idée d'« échappée », un désir de liberté, une tentative de s'extraire, sans jamais savoir tout à fait de quoi ni comment.
Par le mouvement et les vibrations colorimétriques, la toile invite à la contemplation. Le rouge, organique, berceau de vie, évoque à la fois le sang, la nature et sa finitude. Il porte une tension constante entre naissance et disparition.
Au centre, des formes vertes se déploient comme un souffle vital. Elles suggèrent un cycle : celui de la vie qui émerge, se transforme, se densifie, puis se replie. Une forme initiale, évoquant le fœtus, traverse ces états, jusqu'à une forme de retour, à la manière d'une boucle silencieuse.
La surface, traversée d'une couture discrète, rappelle notre ancrage au réel, tandis que certaines formes plus sombres évoquent une structure interne, une ossature. À l'inverse, les formes orangeées ouvrent vers un imaginaire plus libre, fait de culture, de sensations et de désir. À droite, un œil apparaît. Il observe autant qu'il implique. Il agit comme un point de conscience, une présence qui nous ramène à nous-mêmes.
La toile devient ainsi un espace de passage : entre le corps et l'esprit, entre le réel et le rêve, entre la vie et sa fin. Une invitation à habiter pleinement ce qui est, tout en gardant en filigrane l'idée de notre propre échappée.
Confidence — Émulsion
Confidence — Seuil
Confidence — Nitescence
Confidence — Éclosion
Série Confidence
15×21 cm — Crayons de couleur — 2026
Cette réalisation au crayon de couleur s'inscrit dans une recherche autour du féminin sacré et du lien au vivant, abordée ici à travers un format volontairement intime. Le petit format invite à une relation de proximité avec l'image, le regard circule dans les détails, les textures et les variations de couleur, dans une temporalité plus lente.
La composition se développe à partir de formes organiques, de spirales et de courbes qui évoquent certaines dynamiques présentes dans la nature. Il ne s'agit pas de représenter directement un paysage ou un symbole précis, mais plutôt de laisser apparaître des résonances avec le vivant. Les formes se transforment, se prolongent et se répondent, créant une circulation visuelle continue à l'intérieur du dessin. Le travail colorimétrique occupe une place importante dans ce processus. Le crayon de couleur permet de construire des transitions progressives. Cette approche méditative participe à l'émergence d'une atmosphère douce et vibrante.
À travers la composition, une présence féminine peut se deviner sans être explicitement représentée. Elle apparaît davantage comme une énergie diffuse.
Fragrance en diptyque
160×80 cm — Acrylique — 2025
Ces toiles ont été créées dans le cadre d'un appel à projet pour une association de théâtre. L'objectif était de réaliser les décors d'un spectacle retranscrivant l'entièreté du processus de création du groupe. Par synesthésie, chaque élément graphique et couleur de la production résonne avec des éléments clés de la pièce finale ainsi qu'avec l'énergie qui a émanée de cette expérience.
Impression humaine
160×120 cm — Acrylique — 2024
Ma production picturale a pour but de retranscrire le spectre émotif et plus particulièrement les six émotions primaires. Un protocole a été mis en place. Chaque jour et durant six jours, j'ai peint les six émotions une à une. L'objectif était alors une retranscription personnelle de ces dernières.
La démarche n'était pas seulement en lien avec une question colorimétrique, mais aussi avec la gestualité, le rapport du corps à la toile. La production finale est alors une succession de couches, apportant un parallèle avec les ressentis émotionnels accumulés d'un individu.
Des symboles faisant référence à la nature humaine ont ensuite été ajoutés. Nous retrouvons notamment en haut à gauche, un petit cercle entouré par un grand. Ces cercles font écho à l'infiniment grand et à l'infiniment petit. À l'opposé, nous retrouvons un damier bleu. Ce motif nous rappelle de manière inévitable celui de l'échiquier, alors synonyme de jeu. Il est possible de comprendre la métaphore de ce jeu comme intimement lié à la vie, avec la place du hasard, les notions de stratégie, de déplacements, de choix. Enfin, une croix verte, traversant l'entièreté du tableau annonce les différents chemins de vie qu'un être peut emprunter.
L'objectif de cette production demeure le fait de créer un espace, un objet réflexif pour définir sa propre interprétation des gestes et des différentes nuances colorées, vivre sa propre expérience sensible.
Impression, rythmes et couleurs
110×190 cm — Acrylique et encre de chine — 2025
Ce projet explore la chromesthésie, une forme de synesthésie associant sons et couleurs. Les perceptions musicales, vécues de manière sensible et subjective, sont traduites en peinture afin de rendre la musique visible et lui donner une matérialité.
Un protocole de création a été mis en place sans composition préalable, afin de préserver une liberté d'expression guidée uniquement par ce cadre. Plus de 60 morceaux, répartis en six genres, ont été explorés sur six jours. La peinture se construit en temps réel, dans une interaction directe entre écoute et geste. Les traces varient selon l'intensité sonore, et les couleurs sont associées aux styles musicaux.
Le travail met en jeu motifs, répétitions et ornements (croix, ronds, arches, ondes…), créant des compositions riches et stratifiées par superposition de couches translucides. Chaque étape enrichit la toile sans effacement.
La dimension méditative est centrale : la répétition du geste favorise un état de présence lors de la création tandis que les motifs et les plans invitent le spectateur à une immersion.
L'ensemble repose sur un équilibre entre contrainte et spontanéité, où la couleur joue un rôle fondamental comme vecteur d'expression et d'expérience sensible.
Impression jazz II
160×167 cm — Acrylique et gouache — 2024
Sous un fond jaune, la production s'ouvre sur un espace vibratoire, une symphonie visuelle où les formes colorées, rouges, bleues et oranges se déploient. Le jaune répercute la lumière, enveloppant les autres couleurs.
Les rouges apportent une intensité, tandis que les bleus créent des zones de calme et de recul. Les touches d'orange, plus dynamiques, introduisent une énergie vive qui anime l'ensemble.
Les couleurs interagissent, jouant sur les contrastes et les nuances, et créent une sensation d'espace à la fois dense et fluide. La lumière baigne au cœur des formes, en révèle les contours et en adoucit les transitions, tout comme la musique qui se déploie dans un espace sonore. La production invite à une écoute silencieuse, une résonance intérieure où les couleurs et les formes s'organisent comme une mélodie visuelle, où chaque nuance fait écho à l'autre, ouvrant la voie à une expérience immersive.