Céramique
En céramique, je m'inscris dans une réflexion à la fois plastique, symbolique et politique autour de la figure de la femme créatrice. Longtemps associée au domaine domestique et reléguée au rang d'art « mineur », la céramique est devenue dans mon travail un médium d'affirmation, de réhabilitation et de présence.
Le façonnage de la terre engage un rapport direct au corps : la main modèle, creuse, presse, et accompagne la matière dans ses transformations. Ce geste fait écho à une forme de création originelle liée au corps féminin. La terre devient ainsi un espace de projection sensible, où se rejouent des dynamiques de croissance, de mutation et de cyclicité.
Les formes qui émergent convoquent des résonances organiques, végétales, parfois archaïques, sans chercher à désigner ou à hiérarchiser.
La céramique me permet également d'explorer une relation différente au temps et à l'espace : un temps lent, fait de transformation, de séchage, de cuisson. Ce rapport au rythme, proche des cycles naturels, dialogue avec mon intérêt pour les dynamiques du vivant. Il s'agit moins de représenter la nature que d'en activer les logiques internes : fluidité, tension, équilibre singulier.
Réceptacle d'effluves
Bois
Les bois de cerf m'intéressent pour leur dimension cyclique : ils tombent puis repoussent chaque année. Ils incarnent un phénomène de renouvellement, de transformation et de régénération.
Cette capacité à disparaître puis renaître fait écho à certaines notions présentes dans l'ensemble de ma pratique.
Les bois de cerf sont également chargés d'un imaginaire culturel. Ils sont traditionnellement associés à la puissance et à la virilité. Dans la culture occidentale, ils apparaissent fréquemment comme trophées de chasse exposés sur les murs, devenant ainsi des symboles de conquête et d'appropriation du vivant. Les bois sont les clichés de la valorisation historique de la masculinité.
En les reproduisant en céramique, je cherche à déplacer cette symbolique. L'objet n'est plus le trophée issu d'une chasse réelle, mais une interprétation façonnée à la main. Le passage de l'os à la terre cuite introduit une autre relation au vivant. Il ne s'agit plus de célébrer la domination mais d'interroger les symboles qui lui sont associés, de proposer une nouvelle lecture symbolique, notamment via le choix chromatique.